À propos
Ouverte, passionnée, subjective…
Qu’est-ce qu’une revue, au delà de la mise à disposition de textes agencés les uns à la suite des autres ? Selon Le dictionnaire du littéraire, une revue est « une publication périodique au contenu variable. Sa périodicité la distingue du livre ou de la brochure. Depuis son apparition à la fin du XVIIIe siècle, elle met en circulation des essais, des textes littéraires, des critiques et des comptes rendus. Elle est à la fois un relais éditorial et un lieu de consécration présentant l’intérêt de satisfaire avec souplesse aux moyens les plus divers que les auteurs peuvent investir dans une stratégie de reconnaissance (publication de textes brefs, prépublication de “bonnes feuilles”, d’une œuvre critique, débats…). »
Mais une revue est bien plus encore. Elle est un espace de liberté et d’antagonismes, un lieu de confrontation de conceptions et d’approches différentes où chacun apporte son vécu et sa vision de monde, un lieu d’échanges et de respect, surtout.
L’histoire littéraire regorge de projets avortés, de titres éphémères, de naissances et de renaissances, d’alternoiements et autres changements de cap. Mais, force est de constater que pour proposer une revue de qualité, exigeante, pertinente et qui, comme nous l’avons souvent dit et écrit, se situe loin des mouvements de mode, des tendances, des écoles, des chapelles, des factions, des cercles et autres réseaux d’influence, une revue qui ne prétende pas à l’exhaustivité, mais raconte la Littérature sous l’angle des acteurs et de leurs productions, un lieu où se côtoient les « anciens » et les « modernes », sans querelles inutiles ni stérile acrimonie, la périodicité trimestrielle s’impose presque naturellement. Pour « donner l’envie de lire ». Pour laisser le temps, aussi. Sans prétendre nous comparer à cette institution qu’est la NRF, nous adhérons pleinement à sa philosophie : « La NRF publie des gens célèbres et des inconnus. Elle ne fait pas de palmarès, ne vous révèle pas les valeurs qui montent ou qui descendent. Elle ne boursicote pas. Elle ne dit pas le bien ou la mal. Elle s’efforce d’ouvrir quatre fois l’an un espace de liberté et de diversité. »
Quant aux auteurs de la revue, que forment-ils ? Un groupe, un cercle, une bande, un réseau ? On pourrait parler de mouvance ; Gide préférait le mot « circuit » qui suggère bien l’existence de cercles concentriques et communiquant.
La presse Littéraire entend modestement, et à son niveau, se positionner comme un lieu de passages et de convergences, voire même de divergences profondes. Elle se revendique ouverte, tolérante, nécessairement subjective, passionnée, sans ligne préétablie et sclérosante, mais avec une ambition : donner à voir et à penser.
Car, comme l’écrivait Rainer Maria Rilke dans ses Lettres à un jeune poète : « Lisez le moins possible d’ouvrages critiques ou esthétiques. Ce sont, ou bien des produits de l’esprit de chapelle, pétrifiés, privés de sens dans leur durcissement sans vie, ou bien d’habiles jeux verbaux ; un jour une opinion y fait loi, un autre jour c’est l’opinion contraire. Les oeuvres d’art sont d’une infinie solitude ; rien n’est pire que la critique pour les aborder. Seul l’amour peut les saisir, les garder, être juste envers elles. » ● Joseph Vebret